Chroniques des Magnolia

Les secrets du désert

12 août 2006

EPILOGUE - Chez Sylvia and Co.

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2 ans sont passés depuis la naissance de Rowan, qui a bien fait pousser ses petits os. Téo également a beaucoup changé, et est entré dans sa quatorzième année. Il a ainsi évolué dans une famille plus unie que jamais et des liens très forts se sont tissés entre lui et sa jeune sœur. Il partage son temps entre son meilleur ami Tomas Gubre, ses premières copines, Rowan et les quelques heures de cours auxquels il assiste plus par devoir que par intérêt. Sylvia avait vu son fils s’épanouir de plus en plus dans cette ambiance familiale, faisant reculer de plus en plus sa rancœur.

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Cependant Téo avait toujours en lui cette partie sombre qui le rendait malheureux. C’est un soir, avant de se coucher, que sa mère tenta d’établir un dialogue. Alors qu’il s’asseyait à coté d’elle avec une canette en guise de repas, elle lui proposa :
-« Tu ne veux pas une assiette plutôt ? Il en reste dans le four.
-« Non, çà va. J’ai pas très faim.
-« Que se passe-t-il Téo ? Ca fait une semaine que je te vois broyer du noir. Tu veux en parler ? »
Téo réfléchit un instant aux conséquences de ce qu’il allait demander. Est-ce que ce qu’il désirait aujourd’hui valait la peine de prendre le risque de gâcher sa vie présente ? Pouvait-il risquer de blesser sa mère, qui faisait tant d’efforts pour lui rendre la vie agréable ? Il resta hésitant quelques minutes devant son repas instantané, en pensant qu’après çà, il ne lui demanderait plus rien qui puisse la froisser.
-« J’aimerai connaître mon vrai père. »
La bouchée passa de travers dans la gorge de Sylvia qui manqua de s’étouffer.
-« C’est que… Tu m’avais promis… »
Elle le regarda surprise, car cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait plus pensé à cette partie de Téo. Avant même qu’elle n'ait pu répondre, Téo lâcha un « laisse tomber » et parti en courant dans les escaliers.
-« Chéri attends !  »
Un claquement de porte lui fit écho.

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La réaction brutale de son fils lui montra combien le fait de ne pas connaître la totalité de ses origines l’affectait. Bien qu’elle en parla à Duncan qui lui dit qu’il n’y avait que cela à faire, et que çà aurait dû être fait depuis longtemps, elle tourna des heures et des heures dans sa chambre puis devant le combiné avant d’oser composer le numéro. La dernière fois qu’elle avait vu Corey, c’était à la suite de son expérience malheureuse avec lui, 14 ans plus tôt à peu près. De nouveau, elle devait faire irruption dans la vie de quelqu'un à qui elle avait fait du mal, pour lui annoncer une nouvelle pour le moins embarrassante. Elle n’avait pas fini de payer son irresponsabilité !
Elle réussit  à convaincre son ex-meilleur ami de venir lui rendre visite, et elle tenta de paraître le plus à l’aise possible.
-« Bonjour Corey . Comment vas tu ?
-« T’as intérêt d’avoir une bonne raison pour m’avoir fait louper une répèt’. »
Ca commençait bien…

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Lorsqu’il s’assit sur le canapé, il ne put s’empêcher de dire :
-« Eh mais c’était pas ta chambre ici ? T’as fait assainir la pièce j’espère !  Parce-qu’avec tout ce qui a du se passer ici !  »
Sylvia baissa la tête. Elle la releva au bout d’un silence interminable, et planta son regard dans celui de Corey :
-« Tu as des raisons de m’en vouloir, et je suis navrée qu’après toutes ces années tu souffres encore de ce qui s’est passé. Je n’ai aucune excuse Corey pour t’avoir fait endurer tout çà, et quoi que tu en penses, je veux que tu saches que je n’ai pas fait çà dans le but de te faire du mal… Je ne sais pas comment te dire à quel point je suis désolée, je… Tu as du croire que je ne te portais aucune considération, que tu n’étais rien pour moi. Tu n’as pas eu tort dans le sens où à l’époque, rien ne m’intéressait à part moi. Mais je te considérais comme mon meilleur ami…
-« Eh ben mon vieux je plains tes ennemis…
-« Corey je…
-« Viens en au fait Sylvia. Si c’est pour retourner le couteau dans la plaie, c’était pas la peine !  »
Sylvia tenta de garder son calme et de ne pas paniquer, mais tout se bousculait dans sa tête, aucune idée claire n’arrivait à voir le jour. La plus simple phrase ne parvenait même pas à sortir de sa bouche.
-« Alors ? s’impatienta son interlocuteur. »
Soudain, un bruit de klaxon retenti devant la maison. Le cœur de Sylvia manqua un battement.
« Non, pas maintenant, c’est pas possible !  » Elle regarda sa montre, et y lu 13h. Elle se retourna vers Corey, ouvrit la bouche, les larmes aux yeux, mais rien ne sorti. Paralysée mentalement, elle retourna la tête vers la porte du salon, puis vers Corey, impuissante.
-« MAMAN !  »
Et la porte du salon s’ouvrit.

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-« J’ai quelque chose à… » Téo ne termina pas sa phrase.
Sylvia se prit la tête dans les mains, dévastée par ce qu’elle avait provoqué. Corey regarda Téo puis Sylvia, Téo lui n’avait d’yeux que pour le mystérieux visiteur. Il lui rappelait quelqu'un…
Lorsque Corey dévisagea le jeune garçon à nouveau, son sang se glaça. Il venait de comprendre, et il sembla que celui qui devait être son « fils » avait fait la même déduction.
Son « fils ». L’enfant qu’il avait rêvé d’avoir avec Sylvia pendant des années s’était matérialisé, et il était là, devant lui . Cet enfant, qu’il pensait ne jamais avoir, le regardait d’un air aussi troublé que le devait être le sien. Et puis se fut de la rage qui emplit son être. Elle l’avait trahi pendant toutes ces années, et lui avait volé son bonheur, elle lui avait volé son fils, sa vie de famille.

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Révolté, il se leva d’un coup en attrapant le poignet de Sylvia et en la secouant le plus qu’il pouvait :
-« Tu as brisé ma vie sale garce !   »
Elle dégagea son bras et tenta de le calmer :
-« Corey je… »
Mais il ne la laissa pas terminer.
-« Tu m’as utilisé, comme toutes les autres personnes qui ont eu le malheur de croiser ta route !   Et une fois que tu n’as plus eu besoin de moi, tu m’as jeté !!   Le principe du mouchoir, c’est toi qui l’as inventé !   Et moi qui détestais ce pauvre Kay !   Mais je me suis fourré le doigt dans l’œil jusqu’au cerveau pendant des années !   Il s’est fait jeter comme tout le monde, après t’avoir servi de défouloir !!   
-« Pas devant…
-« Tais-toi !   TAIS-TOI !!   Tu la boucles maintenant, c’est moi qui parle !   Tu savais que je serais mort d’amour pour toi, et que tout ce que je désirais c’était faire ma vie avec toi !   Et toi, qu’est ce que tu fais ? Tu fais un gosse dans mon dos et tu m’invites 14 ans après dans une maison qui vomi un esprit de famille que tu m’as toujours refusé !   Tu es la plus mauvaise personne que je connaisse Sylvia !   JE TE HAIS !   »

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Pétrifiée, Sylvia le laissa partir. Mais c’est en apercevant Téo choqué par la scène qu’elle tenta de rattraper Corey.
-« Attends !  Tu peux pas partir maintenant !  »
Mais en vain. Il passait pour la seconde fois la porte de cette maison les poings serrés et  l’âme meurtrie.

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Malgré cette entrée en matière plus que loupée, Corey ne résista pas à l’envie de faire connaissance avec son nouveau fils. Leur première entrevue se fit dans la maison familiale, où il vivait avec toute sa famille. Téo vit donc pour la première fois ses grands-parents, son oncle qui étudiait à l’université, et sa tante à peine plus vieille que lui. Cette famille lui paru bien étrange étant donné que son père vivait encore chez sa mère, que sa grand-mère s’endormait en plein milieu d’une conversation, que son grand-père le regardait bizarrement, et que sa tante avait 2 ans de plus à tout casser. Néanmoins, il constata avec plaisir qu’il avait certaines caractéristiques de sa famille paternelle, et fut soulagé de connaître l’autre moitié de ses gènes.

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La fois suivante, Téo retrouva son « père » dans une cafétéria que ce-dernier semblait fréquenter assez souvent. Il en profita pour lui poser toutes les questions qu’il désirait lui poser, et fut stupéfait de voir que c’était comme si rien n’avait bougé en 14 ans :
-« Je ne me suis jamais relevé de ce que m’a fait ta mère. Elle était tout pour moi, et elle m’a jeté comme un moins que rien.
-« Mais c’était y’a longtemps…
-« Ouais je sais. Mais je me suis méfié des femmes à partir de ce jour et j’ai préféré me consacrer à l’éducation de mes frères et sœurs. Je gratouille un peu avec les quelques potes qu’il me reste, mais c’est tout. C’est pas demain qu’on va faire un disque… »
Son père n’avait rien fait de sa vie depuis 14 ans. A cause de sa mère. Téo le prit en pitié et se demanda comment réussir à remettre un homme sur les rails, sans en être un soi-même.

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Ils parlèrent de tout ce qui les avait séparés pendant tout ce temps, et à la fin du déjeuner, Corey conclu :
-« Ecoute gamin, si y’a une chose que je dois t’apprendre, c’est de ne jamais faire confiance à personne. Le monde est bourré de gens malhonnêtes prêts à te faire du mal à la moindre occasion. Et surtout les filles. Crois en mon expérience. Traites les comme elles te traitent, sans égard. Crois-moi, on peut faire confiance à personne. Et surtout pas à ta mère !  Te laisse pas embobiner par ses belles paroles, c’est tout ce qu’elle sait faire. Elle m’a trahi, elle te trahira aussi. Tiens !  Elle t’a bien abandonné à ta naissance !  Si c’est pas la pire chose qu’on puisse faire… » Puis, en voyant Yoni arriver : « Tiens, y’a ton chaperon qui arrive. Elle avait peur que j’te ramène pas ou quoi. Pfff toutes les mêmes. Elles te plantent un poignard dans le dos et elles te font passer pour un malfrat.
-« Je dois dormir chez eux ce soir. Un week-end par mois je vais chez Daniel et Julie…
-« Même. »

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Une fois Corey parti, Yoni interrogea son cousin sur son air sombre :
-« Ca va pas ? Ca s’est pas bien passé ?
-« Si si. C’est rien, j’suis naze c’est tout. »
Mais en réalité, il en était tout autre. Son père avait raté sa vie, à cause de sa mère. D’un coté il était déçu, car ce n’était pas ce qu’il pensait découvrir de son père, et de l’autre il haïssait la responsable de tout ce cirque, qui avait fait tant de mal autour d’elle. Il était donc déçu et par sa mère, et par son père. Dure journée. De plus, la part d’ombre qu’il avait espéré voir disparaître prenait de plus en plus d’ampleur, tout comme cette rancœur qui ne le quittait plus.

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De retour chez lui, il fut incapable d’adresser la parole à sa mère. Il était complètement perdu, une force semblait vouloir l’entraîner vers le fond, et il s’accrochait avec le peu de forces qui lui restait aux rebords du gouffre de son âme. Sylvia était mortifiée par ce qu’elle avait fait. Si elle avait été plus rapide, moins hésitante, si elle avait fait les choses quand elle aurait dû les faire, rien de tout çà ne se serait passé. Duncan, impuissant face aux remords de sa femme, décida d’agir auprès de Téo, qu’il sentait malheureux comme jamais.
-« Tu sais, même si je suis sûrement loin de me rendre compte de ce qui se passe en toi, le fait que tu lui en veuille se comprend. Mais là où je suis perdu, c’est que tu étais passé au-dessus de çà, tu avais fait le plus gros du travail. Tu n’aurais jamais dû assister à la scène entre Corey et ta mère, mais çà fait partie des aléas de la vie. Tu dois te servir de l’équilibre qu’on a tenté de t’apporter pour te relever de cette épreuve… Je pense que ta mère paye suffisamment ses erreurs d’autrefois par la peine qu’elle a faite et sa culpabilité, pour ne pas lui rajouter le poids de la perte de son fils… Elle qui t’aime tant. On t’aime tous les deux Téo, et tu es très proche de Rowan aussi. La meilleure façon de t’en sortir, c’est de te servir de notre amour à tous pour faire la paix avec ta mère et toi-même… Une bonne fois pour toutes. »
Téo garda le silence. C’était si douloureux… Mais aujourd’hui il ne pouvait plus lutter. Il avait été rattrapé par sa rage et maintenant qu’il avait rencontré quelqu’un qui souffrait autant qu’il avait souffert, il s’enlisait dans ce sentiment de ne plus être seul. Il aimait profondément Duncan, mais il ne savait pas. Il ne s’imaginait pas le mal qui rongeait son cœur. Et puis son père l’avait averti, les gens blessent. Le seul moyen d’en sortir indemne est de ne pas s’attacher.

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Duncan décida qu’il était temps que tout le monde change d’air. Il accepta la maison et la voiture de fonction attribuées aux sénateurs, refusées en premier lieu pour éviter de chambouler encore une fois la vie du petit (à l’époque) Téo. Mais aujourd’hui, c’est précisément ce dont il avait besoin. Chambouler ses habitudes pour ne pas le laisser s’enfoncer un peu plus dans la déprime et dans cette attitude de rejet qu’il arborait ces derniers temps. Il avait pris de sacrées distances avec tout le monde, même avec sa cousine Naomi, la fille de Nadia, qui avait fini par appeler tant elle était inquiète. Malgré tout, ce changement de décor paru lui faire du bien, car pour la première fois depuis ses retrouvailles avec son père, Téo s’amusa avec Rowan et retrouva le sourire en lui apprenant à marcher. Puis petit à petit, il reprit des couleurs, et redevint lui-même. Ou presque. Car si en apparence il allait mieux, quelque chose s’était cassé en lui, et il ne reparla jamais plus de son père à Duncan ou Sylvia. Cette dernière se dit alors que celui qui avait le plus trinquer était son fils, et si son « U-turn » lui avait rendu la vie, il n’avait pas suffi pour les sauver tous les deux.


FIN

Note : U-turn est une expression pour désigner un volte-face, un changement de direction brutal. C'est ce qu'a fait faire Sylvia à sa vie.

Posté par ggof à 17:03 - 2.U-turn - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ah on m'en avait parlé de la Chronique des Magnolias. Et bien je n'ai vraiment pas été déçu par ton histoire. Au contraire, que du bonheur.
Je t'adresse vraiment un grand bravo pour U-Turn ! C'est sublime.
Bon .. il ne me reste plus qu'à lire Une vie ne suffit pas et à étoffer ma page de liens !

Aurélien

Posté par Aurélien, 04 novembre 2006 à 11:45

Merci Aurélien... Ca me touche beaucoup. Le truc c'est que mon disque dur est cassé, et que même après avoir tout essayé, impossible de récupérer les données. Je vais écrire un message pour tout expliquer en première page. Merci d'être passé... :-)

Posté par ggof, 08 novembre 2006 à 16:45

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